Une nouvelle ère

Le retour de la puissance décomplexée

Sismique
11 min ⋅ 12/01/2025

Hello !

Ça veut dire bonjour dans la langue de l’Empire.

Et si on parlait un peu de brutalité.

Une de mes grilles de lecture favorites est celle des rapports de force et de la quête de puissance (je vous renvoie notamment au génial épisode avec Richard Heinberg, que je vous proposerai bientôt en VF). Je vous avoue donc que j’observe ce qui se joue au ce moment à peu près partout avec beaucoup d’intérêt et finalement assez peu de surprise. Je parle du retour de l’expression de la force n’ayant que faire du droit et des conventions.

Voici un petit texte que j’ai partagé sur mon compte Linkedin il y a quelques jours :

Changement d'ère : voici le grand retour de la puissance décomplexée. Il va falloir s'y faire, la morale ne pèse pas lourd.

Trump, Musk, Netanyahou, Xi Jinping et bien d'autres... Si vous n'avez pas encore compris le message, le voici : "nous n'avons que faire de vos règles, de vos institutions, de votre éthique et de votre morale, la seule chose qui compte c'est la force brute".

La course à la puissance est relancée avec comme champs de bataille l'IA, les matières premières, les talents, les territoires...

Au diable le changement climatique et les discours moralisateurs sur la retenue, le renoncement en faveur des générations futures.

Au diable la prise en compte des minorités, des plus défavorisés, des discriminés, des démunis et des "faibles".

Alors que l'ordre mondial d'après-guerre vole en éclats, que la puissance américaine se sent menacée par la montée en puissance de la Chine et des BRICS, l'heure n'est plus aux faux-semblants.

Puisque la Pax Americana n'est plus, il faut montrer ses muscles.

Puisque l'ordre imposé par les lois de l'empire ne suffit plus à calmer les ardeurs des marges, le discours change (Trumps nous dit) :

  • "Si nous voulons prendre possession du Panama et du Groenland, nous pouvons le faire, soyez-en sûrs."

  • "Si nous lâchons l'Europe, après avoir tout fait pour la rendre dépendante à notre parapluie défensif, nous pouvons le faire."

Nous assistons à un retour du darwinisme social où la force prime sur le droit.

Les masques tombent et révèlent la vraie nature des relations de pouvoir qui ont toujours existé sous le vernis de la diplomatie.

Cette nouvelle réalité se manifeste partout : dans la course effrénée à l'IA où les géants technologiques s'affranchissent de toute régulation, dans l'exploitation sans limites des ressources naturelles, dans la concentration toujours plus grande des richesses entre les mains d'une élite qui ne cherche même plus à justifier ses privilèges.

La géopolitique elle-même se transforme en une arène où les alliances d'hier ne valent plus rien. L'Europe, qui pensait avoir inventé un nouveau modèle de gouvernance basé sur la coopération et le droit, découvre brutalement sa vulnérabilité. Pendant qu'elle débat de normes environnementales et de droits sociaux, d'autres puissances construisent des empires industriels et militaires sans se préoccuper des conséquences.

Face à cette situation, le dilemme est cruel : nous devrons probablement nous résoudre à jouer le jeu de la puissance pour ne pas disparaître, tout en sachant que cette logique de domination accélère notre course vers l'effondrement écologique.

Nietzsche lui-même n'aurait probablement pas anticipé ce paradoxe : la volonté de puissance, poussée à son paroxysme à l'échelle globale, devient la force même qui menace la survie de l'espèce qui l'exerce.

Dans ce monde où les rapports de force se dévoilent dans leur brutalité première, regardons la réalité en face : la morale ne survivra pas aux faibles.


Zuckerberg et l’ensemble des GAFAM (voire de la Silicon Valley) prêtent allégeance à Trump, les Européens se divisent déjà alors que Musk séduit l’extrême droite, Christine Lagarde et la BCE préconisent “d’acheter américain” plutôt que de risquer une guerre commerciale (ce qui en dit long sur son niveau de confiance en l’UE), Israël bombarde le Liban, colonise une partie de la Syrie (sans parler de Gaza), et bafoue ouvertement le droit international (il n’y a pas de jugement de valeur ici, ce sont des faits), Poutine annexe des territoires ukrainiens, l’Azerbaïdjan récupère une partie de l’Arménie, et j’en passe évidemment…

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Sismique

Par Julien Devaureix

Julien Devaureix a créé le podcast Sismique en 2018 pour approfondir son enquête sur notre époque. Il souhaite contribuer à la prise de recul, à la diffusion de la pensée ouverte et complexe, au débat d'idées, afin que l'on puisse décider en conscience de ce que l'on souhaite vivre demain.
Il accompagne les organisation en tant que conférencier et consultant afin d’anticiper demain.