Secousses d'automne

ça réchauffe.

Sismique
5 min ⋅ 10/12/2024

Boker tov (בֹּקֶר טוֹב)

Ça veut dire bonjour en Hébreu…

Et si l’on parlait un peu de … connaissances (encore)

Désolé si je ne parviens pas encore à vous envoyer cette newsletter de façon régulière, je travaille à trouver le rythme et ça devrait être mieux en 2025.

Quoi qu’il en soit, la bonne nouvelle, c’est que si vous êtes abonnés, vous aurez désormais un accès exclusif à deux ou trois choses sympas :

1/ les transcripts complets des épisodes de Sismique (qui ne seront bientôt plus disponibles sur le site)

2/ des analyses complémentaires liées aux sujets discutés dans les épisodes

3/ les recommandations de lecture des invités 4/ tout plein de liens et de suggestions de contenus en lien avec les thématiques de Sismique

🥳 Et voici donc déjà, juste pour vous :

👉 La transcription complète de toute la série sur la connaissance (67 pages tout de même ! )

👉 La transcription complète de Noam Chomsky récemment republié en français. (et pour écouter c’est ici )

👉 La transcription de l’interview d’Albert Moukheiber sur les mythes autour du cerveau (à écouter ici)

CONNAISSANCE - clap de fin ou début d’autre chose.

J’ai eu un peu de mal à finir cette série en 7 (9 en vrai) épisodes sur l’histoire de la connaissance, et de la quête de vérité. En me lançant je n’imaginais pas le temps que ça me prendrait. Mais j’ai énormément appris et j’y ai pris beaucoup de plaisir même si donc il a fallu aller jusqu’au bout, malgré la fatigue.

Ceci étant je suis fier de ce contenu car je pense qu’il restera pertinent dans le temps et surtout qu’à mesure que les secousses se précisent il sera bon d’y revenir.

Si vous n’avez pas encore écouté le dernier épisode plus personnel je vous invite à le faire (c’est ici), notamment parce que c’est je crois intéressant pour vous de savoir d’où je m’exprime, quels sont mes biais, mes croyances… Ça vous donne des clés de lecture des interviews passées et à venir. Merci au passage pour vos nombreux retours positifs sur cette série.

Ça secoue

On peut dire que nous sommes servis niveau secousses et surprises. Tout ceci confirme la thèse qui me guide depuis des années : nous sommes entrés dans une époque de grande incertitude et il va bien falloir s’y faire.

  • Trump élu à nouveau. Un des plus beaux “come-back” l’histoire américaine. Si le sujet vous intéresse, j’ai dédié un épisode au sujet (ici) et plusieurs posts sur Linkedin (ici, ici, ici)

  • La France qui se retrouve à nouveau sans gouvernement alors qu’un budget doit être voté et qu’on prévoit encore un déficit monstre des finances publics. Le fait que le pays n’arrive plus à financer son modèle social commence à se vraiment se voir et c’est très préoccupant pour le suite si vous voulez mon avis. Je reviendrai certainement sur le sujet de la dette pour qu’on comprenne bien c’est un problème structurel et pourquoi c’est grave.

  • La Syrie qui revient sur les devants de l’actualité avec une campagne militaire éclaire qui fait tomber le régime d’Assad en place depuis des décennies. Les implications pour la région sont énormes, à commencer par un affaiblissement de l’Iran, de la Russie (qui risque de perdre sa seule base en Méditerranée) et un gain pour Israël, la Turquie. A suivre…

  • Le Bitcoin qui passe la barre des 100k$. On pense au fils de Christine Lagarde qui aurait été ruiné à cause du Bitcoin et qui doit se frotter les mains (si toutefois il ne les avait pas vendus). Au-delà de l’aspect encore très spéculatif, je suis convaincu qu’il se joue quelque chose d’important en ce moment autour de la question monétaire alors que l’inflation persiste et va revenir en force et que la planche à billet (impression monétaire, ie: dette) fonctionne partout, et en particulier aux USA (voir plus bas) et en Europe. De plus en plus de pays comprennent l’intérêt du BTC sur le long terme comme valeur refuge et adoptent une stratégie d’acquisition massive, à commencer par les Etats-Unis. L’Europe une fois de plus adopte une position ambivalente sur le sujet, voire réfractaire, s’enfermant dans son conservatisme habituel et est en train de rater le train (bien ou pas bien, je ne me suis pas encore fait une idée claire). On en reparlera certainement aussi.


À creuser

L'Amérique face à son moment Minsky

36 trillions de dollars. Le chiffre donne le vertige. La dette américaine augmente désormais de 8 milliards par jour, soit l'équivalent du PIB annuel du Cambodge. En regardant ce compteur qui s'affole, on ne peut s'empêcher de penser à ce que Ray Dalio appelle la fin du "super-cycle" de la dette.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont bâti leur puissance sur un paradoxe : être à la fois le plus grand débiteur et le banquier du monde. Le statut de monnaie de réserve du dollar a permis ce tour de force, créant ce que Dalio nomme une "machine économique" unique où la dette américaine devient paradoxalement un refuge en temps de crise.

Mais les signaux d'alarme s'accumulent. Le ratio dette/PIB atteint 125%, plaçant la première puissance mondiale dans le même club que le Venezuela et le Liban. Les coûts d'intérêts (949 milliards par an) dépassent désormais les budgets combinés de Medicare et Medicaid. Plus inquiétant encore, les acheteurs traditionnels de la dette américaine - Chine et Japon en tête - commencent à réduire leur exposition.

C'est exactement ce que Dalio décrit comme le moment où la confiance dans le système commence à s'éroder. L'histoire suggère deux issues possibles. La première, déflationniste, verrait une contraction brutale du crédit et une dépression à la 1930. La seconde, inflationniste, passerait par une monétisation massive de la dette, risquant de saper la confiance dans le dollar. Le génie du système américain a toujours été sa capacité à réinventer ses institutions face aux crises. Mais cette fois, l'ampleur du défi est inédite.

Comme le dit Dalio, ce n'est pas la dette en elle-même qui pose problème, mais la capacité des décideurs à gérer sa résolution. La grande question n'est peut-être pas de savoir si la dette américaine est soutenable, mais plutôt quel ordre monétaire émergera de sa restructuration inévitable. Car comme l'a montré l'histoire, les grands cycles de dette ne se terminent jamais dans l'indifférence.


À méditer

Dans la nature, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Dans la finance, tout se crée, tout se perd, rien ne se transforme.

Louis Bachelier, mathématicien, sur l'illusion de la création monétaire.

Imaginons un instant que vous ayez une machine à cloner magique. Vous mettez une pomme dedans, appuyez sur un bouton, et pouf ! - dix pommes apparaissent. Cool, non ? Eh bien, c'est un peu ce que fait la finance moderne, sauf qu'au lieu de pommes, elle clone des promesses d'argent.

Le truc, c'est que contrairement aux vraies pommes qui nourrissent vraiment les gens, ces "pommes financières" n'existent que dans nos ordinateurs et nos esprits. Quand Tesla vaut soudain 1000 milliards puis 500 milliards, aucune usine n'a disparu. C'est juste notre machine à cloner collective qui s'emballe puis tousse.

Ray Dalio appelle ça "le template" - comme un élastique qu'on étire entre l'économie réelle (les vraies usines, les vrais travailleurs, les vraies pommes) et sa version financière dopée aux stéroïdes. Plus on l'étire, plus le retour à la réalité fait mal quand il claque.

C'est comme dans ces dessins animés où le coyote continue à courir dans le vide après avoir dépassé le bord de la falaise. Pendant un moment, tout semble normal - jusqu'à ce qu'il regarde en bas. La finance moderne peut ignorer la gravité pendant un moment, mais pas pour toujours.

La beauté de l'observation de Bachelier est là : dans le monde réel, la matière ne peut pas apparaître ou disparaître comme par magie. Mais dans le monde financier, nous avons créé un système qui prétend exactement le contraire - jusqu'à ce que la réalité nous rappelle que non, on ne peut pas vraiment créer quelque chose à partir de rien.


Et en bonus - quelques liens

Big Debt Crises & How the Economic Machine Works | Ray Dalio

Des gens qui chantent en coeur (ça fait pas de mal) avec Jacob Collier

Extrait de la série Mr Robot sur le réel (cf épisode de conclusion)

Marguerite Yourcenar sur le conformisme

L’intelligence condamne à faire partie des perdants. ”Pour être normal, il faut donc être stupide. Il faut se plier au niveau du plus stupide. C’est une course effrénée vers le bas pour se fondre dans le troupeau du plus crétin tout en prétendant le contraire.”


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Sismique

Par Julien Devaureix

Julien Devaureix a créé le podcast Sismique en 2018 pour approfondir son enquête sur notre époque. Il souhaite contribuer à la prise de recul, à la diffusion de la pensée ouverte et complexe, au débat d'idées, afin que l'on puisse décider en conscience de ce que l'on souhaite vivre demain.
Il accompagne les organisation en tant que conférencier et consultant afin d’anticiper demain.